Isabeau Levito, 18 ans, a choisi de faire entrer Sophia Loren dans son programme court. La patineuse américaine, liée au pays par une histoire familiale encore vivante, a ainsi volontairement transformé l’arène olympique en scène de cinéma, puis le cinéma en mémoire partagée.

Sophia Loren, icône immortelle
Sofia Loren incarne une idée de l’Italie qui conjugue puissance populaire et sophistication. Son image traverse les décennies parce qu’elle repose sur un langage complet, présence, silhouette, regard, humour, et une façon de faire de l’élégance un acte. La convoquer dans un programme olympique revient à rappeler qu’une icône ne se réduit pas à un style. Elle devient un patrimoine émotionnel, transmis par les films, les chansons, les gestes, et par la manière dont une génération suivante les réactive.
Levito a construit son programme autour d’un medley qui relie l’écran à la musique. “Almost in Your Arms”, chanté par Loren aux côtés de Cary Grant, installe une tonalité de comédie romantique, puis La Miliardaria accélère le rythme et durcit les accents. Dans cette alternance, la patineuse ne cherche pas la reconstitution. Elle propose une traduction, une manière de passer d’un imaginaire de studio à une écriture corporelle, avec des mouvements plus tranchés, plus théâtraux.

Costumes et détails, l’art de la citation
Le costume rouge, le bustier noir couvert de strass, les gants assortis et les bijoux qui accrochent la lumière composent une grammaire de diva, sans surcharge. Le maquillage, eyeliner noir discret, mascara, blush léger, nude sur les lèvres, reprend la signature Loren en la rendant compatible avec la distance d’une patinoire. La coiffure, une tresse de côté qui se fond dans un chignon bas, ajoute une certaine continuité dans l’idée, déjà présente dans ses saisons précédentes.
Héritage culturel, une forme de retour sans nostalgie
Le contexte italien donne à cette performance une densité particulière. Levito patine aux États-Unis, mais une partie de sa famille vit en Brianza, près de l’arène. L’hommage devient alors un geste de proximité, une manière de relier une Amérique vécue à un ancrage italien sans chercher à hiérarchiser les appartenances. L’Italie devient une source, un lieu où l’on revient par la musique, par l’image, par le choix d’une icône.
L’hybridité identitaire, une logique américaine
Aux États-Unis, l’identité se traduit souvent par une superposition, une addition de filiations, de langues, de références, plutôt que comme un bloc homogène. Dans ce cadre, Levito constitue un cas particulièrement révélateur. Elle ne “revendique” pas seulement des origines, elle les met en scène, puis les rend opérantes dans un sport où le récit compte autant que la technique. L’hommage à Loren devient une manière de dire, la culture se porte, se travaille, se transmet, puis se transforme.

D’Audrey Hepburn à Sophia Loren
La saison précédente, Levito avait déjà construit un programme court autour d’Audrey Hepburn, “Moon River”, robe noire, gants perle, choker, eyeliner, chignon serré. C’était à Boston. Le passage à Sophia Loren déplace le centre de gravité, moins de minimalisme, plus de chaleur, plus de couleur, plus de présence. Dans les deux cas, le choix d’une actrice sert une dramaturgie, et l’art de faire parler le sport et le cinéma au nom de la mémoire.
